Le Sénat cambodgien réaffirme que le cessez-le-feu ne peut modifier la souveraineté ni les frontières
AKP Phnom Penh, le 31 août 2026 --
Le porte-parole du Sénat du Royaume du Cambodge a rejeté les récentes déclarations du président du Sénat thaïlandais concernant la situation à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, réaffirmant que les questions de souveraineté et de territoire doivent être réglées conformément au droit international et par des mécanismes pacifiques.
Dans un communiqué publié ce matin en réponse aux propos du président du Sénat thaïlandais concernant ceux tenus par Samdech Akka Moha Sena Padei Techo Hun Sèn, président du Sénat cambodgien, lors de la cérémonie d’ouverture de la 2e Conférence interparlementaire des présidents de Parlement (ISC-2), le 27 août à Phnom Penh, le porte-parole du Sénat cambodgien a exprimé ses regrets face à la position thaïlandaise.
Le porte-parole a indiqué que les propos de Samdech Techo Hun Sèn reflétaient la situation entourant une agression thaïlandaise contre son intégrité territoriale et soulignaient l’importance du respect de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale, du droit international, de la Charte de l’ONU et du règlement pacifique des différends.
Le Sénat cambodgien a également rejeté l’utilisation des opérations transfrontalières d’escroquerie en ligne comme justification du recours à la force ou à une action militaire. Tout en reconnaissant que la lutte contre la criminalité transnationale est nécessaire et légitime, il a souligné qu’une telle coopération ne saurait remettre en cause les principes fondamentaux de souveraineté, d’intégrité territoriale et d’interdiction du recours à la force.
Le communiqué a en outre affirmé que les attaques contre des structures civiles devaient être évaluées conformément au droit international humanitaire, notamment au principe de distinction entre les biens civils et les objectifs militaires. Toute évaluation juridique, a-t-il ajouté, doit reposer sur des faits vérifiables de manière indépendante concernant la nature et l’utilisation effective des sites concernés.
Le porte-parole a aussi mis en garde contre ce qui a été qualifié de « stratégie du salami », consistant à modifier progressivement la situation sur le terrain afin de pouvoir ensuite s’en servir à l’appui de revendications territoriales. De telles actions, selon le communiqué, risquent de créer un « fait accompli » sur le territoire cambodgien.
Concernant les affirmations du président du Sénat thaïlandais selon lesquelles le Cambodge aurait tiré le premier, que la Thaïlande aurait agi en légitime défense et qu’elle aurait strictement respecté le Communiqué conjoint du 27 décembre 2025, la partie cambodgienne les a qualifiées d’affirmations unilatérales.
Le porte-parole a déclaré qu’une partie à un différend ne pouvait pas être à la fois partie revendicatrice et juge de ses propres affirmations, accusant par ailleurs la partie thaïlandaise de tenter de déformer les faits et de dissimuler les actes d’agression contre l’intégrité territoriale du Cambodge.
Le Sénat cambodgien a souligné que le Communiqué conjoint du 27 décembre 2025 ne devait pas être interprétée comme une reconnaissance de la souveraineté ou de quelconques droits découlant de la présence ou du contrôle militaires sur le territoire cambodgien, dans les zones contestées ou dans les zones dont les frontières n’ont pas encore été clairement délimitées.
« Un cessez-le-feu ne peut servir de fondement à la création de nouveaux droits territoriaux, à la légitimation d’une occupation illégale ou à la consolidation d’un fait accompli unilatéral », indique le communiqué, soulignant que les questions de souveraineté et de frontières doivent être réglées conformément aux traités et accords applicables, au droit international et aux mécanismes pacifiques de règlement des différends disponibles pour les deux parties.
Le communiqué a également répondu à l’affirmation du président du Sénat thaïlandais selon laquelle le différend ne devrait pas être internationalisé.
Le Cambodge, a-t-il indiqué, n’a aucune intention de transformer un différend bilatéral en une question internationale à des fins politiques. Si la Thaïlande souhaite réellement éviter une attention internationale accrue, la démarche la plus efficace serait de retirer ses forces de l territoire cambodgien, de mettre fin aux actions qui modifient la situation sur le terrain et de permettre aux civils cambodgiens déplacés de retourner dans leurs foyers en toute sécurité et dans la dignité.
Le Sénat cambodgien a précisé que l’attention internationale n’était pas la cause du problème, mais plutôt une conséquence de la situation sur le terrain.
Il a appelé au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Cambodge, à la pleine mise en œuvre du droit international et des engagements existants, ainsi qu’au règlement pacifique des questions en suspens par les mécanismes appropriés.
Le communiqué a en outre souligné que le recours responsable aux mécanismes régionaux et internationaux ne devait pas être considéré comme une confrontation. Les mécanismes juridiques et diplomatiques visent à clarifier les positions des États, prévenir l’escalade, réduire les malentendus et faciliter un règlement ordonné et conforme au droit des différends, a-t-il expliqué.
De tels mécanismes peuvent aussi contribuer à des solutions justes et durables en favorisant la transparence, la responsabilité, la sécurité juridique et la retenue, tandis que le droit international demeure une garantie importante contre la coercition, l’incertitude et l’abus de pouvoir.
Le porte-parole du Sénat cambodgien a reconnu que la confiance mutuelle, la patience, l’honnêteté et l’intégrité sont essentielles à des relations pacifiques entre pays voisins. Toutefois, la confiance doit être réciproque et démontrée par des actions cohérentes plutôt que par les seuls discours.
« Un dialogue pacifique ne peut être crédible lorsque les actions sur le terrain accroissent les tensions et sapent la confiance », a déclaré le communiqué, réaffirmant que le respect du droit international et le règlement pacifique des différends demeurent indispensables pour parvenir à une paix et une stabilité durables entre le Cambodge et la Thaïlande.



Par C. Nika





