OPINION : Thaïlande : Combien de reniements faut-il pour reconnaître qu’elle est l’agresseur ?
AKP Phnom Penh, le 27 décembre 2025 --
Les grandes puissances censées être protectrices de la sécurité mondiale et de la paix dans le monde continuent, à travers des déclarations lénifiantes, de renvoyer dos-à-dos agresseurs et agressés, alors que les preuves matérielles, dûment documentées, existent de l’agression thaïlandaise contre un État souverain, pacifique, incapable de la moindre intention belliqueuse.
Un premier cessez-le-feu, signé le 28 juillet, a été immédiatement violé par la Thaïlande qui s’est empressée de faire prisonniers 20 soldats cambodgiens, dont deux sont morts, et dont les autres sont toujours détenus en otages depuis lors. Signe évident du « respect » de sa signature, l’armée thaïlandaise a pénétré en territoire cambodgien en de multiples endroits, chassant les habitants, détruisant leurs maisons, installant de nouvelles limites territoriales avec fils de fer barbelés et mur de pneus. Elle a envoyé des patrouilles de soldats dans des zones notoirement minées depuis 1964 et qui, en territoire cambodgien n’ont pas encore fait l’objet de campagnes de déminage. Il en est résulté des accidents dont la Thaïlande a pris prétexte pour d’autres violations du cessez-le-feu. Depuis des semaines, les autorités thaïlandaises, relayées par la presse de ce pays, n’ont pas cessé de développer un narratif grossièrement mensonger à propos de prétendues agressions cambodgiennes dont la matérialité n’a jamais été prouvée puisqu’elles n’ont pas eu lieu.
Un deuxième cessez-le-feu, inclus dans une « Déclaration conjointe » signée le 26 octobre n’a pas été davantage respecté. L’armée thaïlandaise a continué de tenter de s’emparer de territoires et de villages situés au Cambodge faisant fi des engagements pris par le gouvernement thaï dans la « Déclaration conjointe » traitée comme un vulgaire chiffon de papier, malgré qu’il ait été soutenu par les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU et par l’ASEAN.
Un troisième reniement de sa propre signature est intervenu le 7 décembre lorsque la force aérienne, les forces terrestres et la marine de guerre thaïlandaise ont attaqué le Cambodge sur toute l’étendue de la frontière. Des établissements civils privés et publics ont été délibérément ciblés : maisons, écoles, hôpitaux, pagodes faisant plusieurs dizaines de morts. Des bombes ont été lâchées près de camps de personnes déplacées, loin de toute installation militaire. Des infrastructures importantes pour le développement économique du Cambodge ont été délibérément détruites. Des temples, protégés par l’UNESCO ou en voie de l’être ont fait l’objet de bombardements précis, le temple de Ta Krabey étant totalement détruit. En territoire conquis, l’armée thaïlandaise a détruit un monument dédié à une divinité hindouiste, véritable signe d’une armée agissant en pays conquis. La profondeur des attaques thaïlandaises s’est accrue puisque des cibles ont été touchées à plus de 90 km de la frontière. C’est une véritable guerre d’agression à laquelle se livre la Thaïlande désormais.
Malgré ces faits de guerre, malgré ces violations manifestes des engagements pris, en toute impunité, l’armée thaïlandaise tue la population et détruit les équipements, les biens et le patrimoine mondial d’un pays voisin sans qu’aucune condamnation, sans qu’aucune sanction ne soit prise, au mépris total du droit international censé dénoncer et punir l’agresseur. Est-ce cela le nouvel ordre mondial ? N’est-ce pas plutôt le retour aux pratiques d’avant 1945 ?
Combien faut-il encore de reniements de sa signature par la Thaïlande pour que les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité sortent de leur lâche attentisme et cessent de confondre agresseurs et agressés ?

Raoul M. Jennar
(Les opinions exprimées sont celles de l’auteur.)





